HARCELEMENT ET DIKTAT DE SAGEM

 

Tout d’abord je vais vous expliquer les faits de manière chronologique car dès que vous êtes harcelé(e) la seule défense c’est de tout noter jour par jour.

 

C’était le lundi 21 mai 2001, il fait beau, il fait chaud :logo_soleil

- Je viens à mon travail en bermuda comme chaque année quand il fait beau.

- Je fais mon travail comme d’habitude, vais manger au self en compagnie de mon chef  P.JEANNE.

Pas de problème.

Journée plutôt agréable.

Vers 16h, un messager de la direction  vient me voir pour me dire que la direction souhaiterait vivement que je mette un pantalon.  Je lui réponds que je ne voyais pas en quoi cela posait un problème, que cela faisait parti de mes habitudes. Je lui montre du doigt, la preuve que les femmes, elles aussi, s’habillent de manière adaptée à la circonstance.

 

Mardi 22 mai

IL fait toujours beau et chaud et dans l’usine, il fait 27°C.

Je suis convoqué par mon chef vers 10h.

Tout mielleux il me dit que pour lui le bermuda tel que je le portais hier ne lui posait pas de problème mais que la SAGEM par l’intermédiaire de sa hiérarchie (qui avait du prendre chaud !) ce jour, ne l'acceptait pas. Puis il me dit qu’à partir de maintenant il faut porter un pantalon.

Je ne comprends pas son ordre que je trouve stupide.  Je lui dis a peu près la même chose qu’au messager de la veille mais aussi comme c’était mon chef hiérarchique de me montrer ou il avait vu cela d’écrit dans le règlement intérieur ou ailleurs.

Il devient menaçant: il me dit que maintenant ça suffit et que j’applique la consigne un point c’est tout. Je sors de l’entretien ou plutôt du rappel à l’ordre. Et de là commencent les petits phrases incisives que je n’avais pas eues la veille.

Telle que celle du responsable magasin : « Ton pantalon a raccourci.».

Une espèce de complot (hierarchique) se trame contre moi pour me dire que le port du bermuda est interdit.

A cela je dois faire face. Je peux vous dire que lorsque l’on ressort du bureau jusqu’au lendemain matin il y a plein de questions qui vous viennent à l’esprit. Que dois je faire demain s’il fait beau, me plier à la soumission sous prétexte d’avoir un boulot ou rester en accord avec moi même?

Ils vont quand même pas m’embêter pour ça aujourd’hui au 21 siècle alors que les générations ont changé en matière de tenue vestimentaire mais aussi dans leur look?

Et puis on parle du « Friday wear » dans les entreprises, : le vendredi relâche. La SAGEM continue à être ringarde à se niveau là a priori.

 

Mercredi 23 mai

M. CLOZEL un responsable fabrication qui a les dents longues me dit : « Tu as du poil aux pattes !»

Oui, il a mangé du clown en plus de savoir tout faire !!clown3

 

A la question : est ce que le port du bermuda à la Sagem est interdit ? Beaucoup d’entre eux savent qu’il n’y a pas d’interdiction, eux aussi rêvent d’en porter un pour être plus à l’aise que derrière leurs costumes cravates.

Ils ne sont pas stupides ils savent bien qu’ils seraient plus a l’aise. Alors tout le monde attend une réponse.

Moi de mon coté je cherche à joindre le DRI (directeur des ressources inhumaines) M. PICOU pour que tout cela cesse et avoir une explication.

 

Jeudi 24 mai - Férié

 

Vendredi 25 mai

M PICOU, vient me voir le matin. Je lui demande de se justifier par rapport au bermuda.  Il me donne un argument qui me révolte car il opposait les intérimaires (cette sous classe !) en disant que si on commence ainsi, ce sera vite l’objet d’autres envies vestimentaires.

Quand bien même il aurait raison, je ne suis en rien garant de leurs préjugés et d’autre part il n’ y a pas si longtemps j’étais intérimaire et travaillais en bermuda. Cela n’a pas nuit aux sociétés dans lesquelles j’ai travaillé que je sache.

De plus, s’il y avait eu une consigne dans un règlement quelconque il me l’aurait présentée. Donc, je lui demande de me remettre un texte officiel s’il y en avait un car pour l’instant cela s’avère du harcèlement moral et un délit sur ma personne.

D’autre part, le bâtiment fait l’objet d’une défaillance de climatisation manifeste depuis le 18/05/94  confirmée par une commission d’hygiène et de sécurité. Le médecin du travail en 1999 signale l’inconfort thermique, en été, de certaines zones du bâtiment.

On peut donc voir que manifestement on se fiche éperdument des conditions dans lesquelles  travaillent les employé(e)s. La Sagem ne respecte pas le confort minimum et cela est valable pour les gens de l’extérieur qui viennent comme le postier par exemple ou leurs très chers clients.

La Sagem entreprise de renommée internationale en pointe dans le domaine électronique de défense (n° 1 en biométrie) ou de l'automobile et de la téléphonie mobile n’a pas les moyens de réparer la climatisation en 7 ans .

 

Lundi 28 mai

L e DRI revient me voir tôt le matin à mon poste de travail. Et oui ! J’étais en bermuda. Il faisait beau et chaud alors qu’auriez vous fait à ma place ? il me dit : « Tu exagères , je vais être obligé de t’envoyer une lettre. »

Cela faisait une semaine que je demandais, un texte officiel. Il aura mis du temps a comprendre. A croire qu’il fallait qu’il invente , ou peut être était-il vraiment gêné.

Pourtant ce n’est pas le rôle du DRI. Je penchais donc pour la première solution.

harcelement_moralPHILIPPE CLOZEL, un des responsables de fabrication, celui qui avait mangé du clown, arrive à mon bureau, passe devant moi, se penche sous mon bureau pour voir comment je suis habillé sous ma blouse. Si cela n’est pas encore de la provocation et de l’incorrection, du harcèlement !? Je fais la remarque au responsable de la partie câble des décodeurs qui se trouve en face de moi. Il me dit : « Tu sais, c’est comme les filles, quand elles ont des jupes, il faut qu’elles s’attendent à être regardées. »

Il est 15h et fait 30°C dans l’usine.

 

Mardi 29 mai

il fait 26°C à 10h et 28°C à 15h.Je suis convoqué chez le  DRI. Tiens ! Que me veut-il encore ? Je monte voir à son bureau où il me remet une lettre.

Cette lettre dit :

« Monsieur,

Pour faire suite à l’entretien que nous avons eu le 25 mai 2001, nous vous demandons par la présente de bien vouloir respecter, dans le cadre professionnel, une tenue conforme à nos exigences internes, c’est à dire : pantalon et tee-shirt, chemise ou chemisette.

Dans le cadre de nos activités, nous recevons sur notre site de nombreux clients et nous tenons auprès d’eux à préserver l’image de marque de la société. »

Ensuite une formule de politesse.

Je fus surpris de ce courrier qui pour moi ne répondait en rien à un texte officiel. Je pris la feuille et me renseigna auprès d’autorités compétentes qui me disent bien ce que je pense. La Sagem n’a pas le droit d’imposer une tenue sauf cas exceptionnel mais dans ces cas là elle fait partie d’une consigne écrite avec les syndicats voir même avec l’inspection du travail. Et pourtant il y avait des écrits qui leur précisaient que le personnel subit l’inconfort thermique. Et rien n’était fait.

 

Mercredi 30 mai

Après avoir bien réfléchi durant la nuit, je décide d’aller informer de la situation au syndicat CFDT. Je leur montre l’écrit de M. PICOU et leur demande s’ils ont de leur coté des informations sur le sujet. Ils me répondent que rien ne l’oblige si ce n’est la Sagem elle-même avec ses méthodes et son archaïsme. il fait 27°C à 14h50. Après avoir bien réfléchi je décide à 16h25 d’envoyer un courriel  en destinataire principal M. PICOU puis en subsidiaire à mon chef hiérarchique M. JEANNE, au responsable de l’unité de production M. PERRIER, au directeur du centre de SER M. ROUVIERE et au directeur des fabrications à la direction générale de la Sagem.

Cette lettre par e-mail dit :

« Objet: Réponse suite à la lettre du 28/05/01

Monsieur PICOU,

Depuis le 21 mai, nous avons une météo clémente en Normandie chose assez rare.

Il fait environ 27°C dans l’usine de SER.

Je viens depuis lors en bermuda comme à mon habitude chaque année lorsqu’il fait excessivement chaud.

Depuis ce jour, je me vois être harcelé par mes responsables pour que je me mette une tenue dite «correcte». Je n’ai rien vu dans le règlement m’interdisant le bermuda, d’autant que les femmes sur le site elle le sont.

J’estime avoir les même droits qu'elles.

Suite à cela, vous m’avez remis un courrier datant du 28/05/01 auquel je ne peux répondre de façon favorable. Ma tenue me semble correcte, à moins que la convention collective précise le port du pantalon obligatoire, mais ne l’ayant reçu joint à la lettre que vous m’avez adressée ? je ne peux le vérifier.

Par contre, je souhaiterais que ce harcèlement moral cesse.

On dit toujours que l’habit ne fait pas le moine, je pense que mon travail est à l’image de marque de l’entreprise sinon vous ne m’auriez pas augmenté et fait gravir un échelon en 3 mois de Sagem, alors que certains se voient attendre des années.

J’ai su faire preuve de créativité pour l’industrialisation de la g5(nouveau type de décodeurs), notamment dans le process de l’intégration de la carte à puce en refusions.

Je sais être complémentaire lorsque le technicien FAO est en vacances; j’assure l’intérim en plus de mon travail de façon à éviter de pénaliser la production. J’ai également toujours le souci du travail en équipe, ce qui nous a permis de cette façon d’avancer dans le bon sens que ce soit au niveau qualité mais aussi réactivité.

 

Pour cela aucune heure supplémentaire ne m’a été payée (en dehors de l’accord de la 36ième heure) car toujours dans le même principe, on vous met la pression par rapport à la production et on vous dit que cela fait parti de notre mission. En revanche, je pense que si il y a  un règlement à faire appliquer ce serait celui - la.

Par conséquent je trouve votre attitude démesurée par rapport à mon investissement au sein de la Sagem.

Je ne comprends pas.

Salutations distinguées. »

 

Voilà ma réaction .Je ne pense pas faire de la provocation mais juste de comprendre et que le trouble qu’il me cause cesse. D’autres part, qu’ils respectent eux les conventions collectives notamment sur les heures supplémentaires ainsi que sur les coefficients que certains ne voit jamais arriver même si la loi l’ordonne. Mais Sagem à croire qu’elle se sent au-dessus des lois voir même elle les fait elle-même. Et pourtant la chaleur tue et il fait chaud. Et rien avance pour réparer la climatisation pourtant signalée par des textes officiels, eux.

 

 

Jeudi 31 mai

A peine arrivé au bureau, la secrétaire me cherche.

J’avais rendez vous chez le directeur M. ROUVIERE à 10 h. Je décide d’en informer le syndicat CFDT, M. BROSSARD Michel pour qu’il m’accompagne à cet entretien.

A 10h nous y allons donc ensemble et à la suite de cette entretien M. BROSSARD fait un compte rendu de l’entretien.

Le voilà :  première entrevue Direction du 31 mai 2001

Sont présents : le directeur O. Rouviere, MB, Michel Brossard délégué CFDT  et moi-même.

 

O. ROUVIERE :

- Je ne comprends pas pourquoi vous avez adressé ce message aussi à M. SEVIAN ( Directeur fabrication France) ;

egalite_h_f- Vous argumentez à partir de l’égalité des droits hommes/femmes, cela n’est pas réel en matière d’habillement ;

- Je ne comprends pas cette histoire ;

- Le problème est l’image de marque collective Sagem envers les clients : on demande une tenue correcte adaptée à la fonction ;

 

- Si vous considérez que cela n’est pas possible, c’est de votre responsabilité, on verra comment on traite cela ;

- Au niveau de votre travail, nous ne nous plaignons pas, mais l’attitude au travail est une des composantes du travail ;

- En résumé, dans le cadre du fonctionnement Sagem-Ser, il y a un consensus social sur la tenue vestimentaire pour les hommes - comme il est dit dans la lettre de M.PICOU du 28/05/01 :  « Le bermuda n’est pas acceptable. »

 

M. BROSSARD :

- Cette notion de tenue correcte est tout à fait relative, et d’ailleurs rien n’existe ni dans le règlement intérieur ni dans la loi à ce sujet, cela évolue bien évidemment plus vite chez les jeunes; il ne faut pas être répressif à ce sujet.

- il faut comprendre qu’un jeune embauché ne connaît pas encore ce consensus - Sagem: il ne se doutait pas qu’il déclencherait une tempête.

 

Cédric :

  1. / Depuis que j’ai adopté cette tenue à la Sagem Ser, cela a été une escalade de remarques de la part de mon chef puis du messager du chef du personnel, puis de M. PICOU lui même.

  2. /Cela devient pénible à vivre au quotidien, mon équilibre personnel en est perturbé:

- Cette tenue est propre, elle est acceptée dans d’autres entreprises comparables, ce n’est pas une provocation vis-à-vis de la Sagem ;

- Je réclame l’égalité de traitement avec le personnel féminin ;

- Cette tenue ne gène personne.

 

O. ROUVIERE :

Maintenant que nous avons fait le point qu’est ce que l’on fait?

 

Cédric :

- Je viendrai en bermuda s’il fait chaud.

- Je n’accepte pas d’être jugé sur cela.

 

O. ROUVIERE :

- Je vais être obligé de rentrer dans un processus de règlement de ce problème.

 

M. BROSSARD :

- Je trouve dommage d’envisager les choses ainsi, si la Sagem rentre dans une action de type juridique, elle va se ridiculiser.

- Je vous propose de réfléchir à un compromis : la direction laisse Cédric tranquille, en contrepartie, Cédric s’engage à mettre le pantalon si un client vient le voir et si il doit se rendre en rendez vous extérieur.

 

placardO. ROUVIERE :

- Pas question, si vous persistez, je vous changerai de poste !

- J’utiliserai l’argument de la sécurité.

 

M. BROSSARD :

- Je vous suggère de prendre un peu de recul afin de laisser à Cédric le temps de réfléchir.

- En attendant, il faut que Cédric puisse travailler tranquillement, faites passer le message à sa maîtrise.

- J’en profite pour rappeler que l’origine de ce problème réside dans les conditions de travail du bâtiment R ; c’est un problème collectif déjà posé bien des fois.

 

O. ROUVIERE :

- D’accord , on verra d’ici 1 mois.

 

Comme vous avez pu le constater la Sagem n’a toujours aucun texte sur lequel se reposer juste une vision de l’esprit. Peut être un coup de chaleur allez savoir ? A un moment, il évoque un stratagème : la sécurité. Vous voyez pour arriver à leurs fins ils sont prêts à magouiller ou à trouver de faux prétextes. D ‘autre part, vous voyez des qu’on les ébranle un peu, ils envoient l’artillerie lourde jusqu ‘à aller se ridiculiser ! Mais ce n’est pas grave on campe sur nos positions. Quand le chef a dit, on exécute cela s’appelle de la subordination. Mais quand l’ordre n’est pas en règle avec les lois, on a le droit et le devoir de désobéissance. Il ne faut surtout pas hésiter à le faire surtout quand il y a des violations essentielles qui sont bafouées, exercées à l'encontre de nos libertés fondamentales et l’intégrité de notre personne.

 

Vendredi 1 juin

Silence radio.

Lundi 4 juin - férié

Cela faisait du bien un week - end de 3 jours. Cela m’a permis de bien réfléchir et surtout de me ressourcer car après avoir vécu toute cette histoire j’en avais bien besoin.

 

Mardi 5 juin

Il fait beau et chaud. Décidément même le temps est contre la Sagem. Je décide de ne pas céder au chantage et reviens comme à mes habitudes passées en bermuda.

Mon chef, P. JEANNE, me dit : « Tu ne vois pas que tout le monde rigole ! »

Non je ne voyais pas, mais surtout s’il y avait à rigoler c’est bien du comportement de la Sagem mais aussi du sien au chef. Car le premier jour où je suis venu en bermuda cela ne l’a pas choqué et nous avons même déjeuné ensemble. Lui aussi a du prendre un coup de chaud, ou alors son nœud de cravate trop serré lui bloque l’irrigation du cerveau ce qui peut changer sa vision bien sûr.

Cette remarque en fût une de trop. Je décide de voir mon médecin traitant le lendemain.

 

Mercredi 6 juin

Mon médecin traitant me conseille de me reposer car il voit bien que mon corps a besoin de repos. il me donne 3 jours d'arrêt maladie pour que je puisse de nouveau repartir avec les batteries remplies.

 

Jeudi 7 juin

Arrêt maladie.

 

Vendredi 8 juin

Arrêt maladie.

cela me fit du bien

 

Lundi 11 juin au 18 juin

Silence radio. A croire que la Sagem a enfin compris.

 

Mardi 19 juin

Un collègue de boulot vient me voir juste avant que je parte de l’entreprise vers 16h et me dit : « Je viens de voir un messager de la direction qui se renseigne sur notre déplacement en formation à la Sagem de Lannion (heures de départ, heures d’arrivée, nombre de repas pris, etc... »

Tiens ! Il essaie de me trouver une faute. Mais dommage pour eux je ne suis pas du genre à arnaquer par contre j’attends toujours mes heures supplémentaires de cette journée-là et d’autres journées aussi.

 

Pour me détendre, je décide de rentrer par le chemin du halage, près de la Seine à Rouen. C’est bien plus sympa de longer les bords de Seine que de faire la queue sur le boulevard industriel où la vue n’est pas très belle. Après une journée comme celle-ci il me fallait me changer les idées. Sur mon chemin je me vois contrôlé par la gendarmerie fluviale. J’en croyais pas mes yeux : des représentants de l’Etat en bermuda ! On en parle et ils m’expliquent que cela faisait parti des tenues réglementaires. Tiens les représentants de l’Etat en bermuda ! Mais n’y a-t’il pas contact avec le public ? Pourtant il représente l'image de marque de la France et sont en contact permanent avec la population !??

 

Mercredi 20 juin

Je reçois une lettre  avec A.R.  Cette lettre datée du 15 juin (donc 15 jours après notre entrevue avec le directeur) dit:

« Monsieur,

Nous envisageons de mettre fin à notre collaboration en procédant à votre licenciement.

En conséquence, nous vous demandons de bien vous présenter au bureau du chef du personnel le mercredi 21 juin à 14h afin de vous indiquer les motifs de la décision envisagée et de recueillir vos explications.

Nous vous précisons que vous avez la possibilité de vous faire assister d’un membre du personnel de notre entreprise. »

 

Le matin en arrivant à mon poste de travail avant même la procédure de licenciement, mon outil de travail était désactivé (ma messagerie LOTUS NOTES). Encore un moyen de pression avant d’aller à l’entretien, on ne sait jamais, il peut commettre encore une faute avant 14h. Pourquoi pas? Et si cela n’est pas de la provocation alors qu’est ce que c’est ?

Je vais voir M. BROSSARD, délégué C.F.D.T. pour lui expliquer ce qui se passe et pour savoir s’il peut m’accompagner à cet entretien préalable à un licenciement. Il étais disponible a 14h alors nous y sommes allés et voici le compte rendu :

LP : Loic PICOU , DRH

MB :M. BROSSARD CFDT

Cédric.

 

LP:

Rappel de l’historique des événements depuis le 21 mai 2001

- Pour nous, c’est un incident mineur qui est devenu un refus systématique de respecter une consigne simple de la hiérarchie.

- Vous avez ainsi exprimé (par votre message interne adressé aussi à M SEVIAN, directeur des fabrications France et par votre attitude de porter le bermuda quand bon vous semble) un profond désaccord avec la hiérarchie Sagem.

- Cette tenue a été remarquée, elle peut porter préjudice à l’image de marque de Sagem et donc entraîner une perte de confiance de certains clients.

 

Cédric :

Quel est le motif de la sanction envisagée?

 

LP:

C’est le non respect d’une consigne simple et une opposition systématique à la hiérarchie entraînant une perte de confiance qui peut conduire au licenciement.

 

Cédric:

Je ne suis pas d’accord avec vous.

1/ Je n’ai enfreint aucune règle (règlement intérieur, lois...) ; à partir du moment où  une tenue ne nuit pas à l ’hygiène et à la sécurité il n’y a pas de problème. Je suis allé à l’encontre d’une vision Sagem de l’habillement masculin ; on constate que les femmes mettent tous types de vêtements (robe, jupe, pantacourt...) sans que cela pose problèmes. Je revendique l’égalité des droits.

 

2/ je ne conteste pas la hiérarchie, je revendique la liberté (un des fondements de la république avec l’égalité et la fraternité) d ’apprécier le bien fondé des ordres qui me sont donnés. En la matière, il s’agit de mon équilibre personnel pour être à l’aise dans mon travail en fonction de la température.

 

3/ Mon attitude au travail prouve que je me suis investis, que je cherche à améliorer en performance mon poste de travail même si je dis ce que je pense.

 

4/ J’ai pratiqué le port de cette tenue dans d’autres entreprises, sans que cela pose de problème, ainsi j’ai été surpris de la réaction.

 

5/ Le motif de licenciement est puéril, visible, on ne licencie pas pour cela.

 

MB:

Je rappelle qu’il y a eu une entrevue avec M. ROUVIERE qui vous laissait 15 jours à 3 semaines pour réfléchir. Il avait parlé de mutation en cas de refus de se soumettre.

A propos de la sanction envisagée,

1) il y a une échelle des sanctions dans le règlement intérieur ; vous allez tout de suite à la plus grave alors que Cédric n’a jamais eu aucune autre sanction pourquoi?

 

2) En résumé porter un bermuda conduit à une intention de licenciement. Ce n’est pas raisonnable. Sa tenue est propre, correcte sans connotation sexuelle. La sanction envisagée est disproportionnée.

 

LP:

Ce n’est pas le port du bermuda qui est la cause, c’est une contestation du rôle de la hiérarchie

Cédric

- Cette notion de tenue correcte est très relative, vous êtes en train de manquer le virage de la modernité et des jeunes.

- Vous exigez de moi une remise en cause de mon tempérament ce qui était une qualité hier devient un défaut aujourd’hui.

- Et par contre la Sagem ne se remet pas en cause à ce sujet.

 

LP:

Cela peut paraître ringard, mais c’est capital pour nous. Il y a un minimum de règles à respecter, on ne peut pas laisser faire tout et n’importe quoi. Encore une fois, cela est important pour l’image de la Sagem vis-à-vis de nos clients.

 

MB:

Je ne comprends pas l’attitude Sagem, cela va être préjudiciable à tous le monde, d’un fait mineur (20cm de tissus), vous en faites un événements majeur.

 

Cédric:

En attendant votre décision, je ne suis pas licencié donc je dois pouvoir faire mon travail normalement. Comment cela se fait-il que :

- Mon branchement mail ne fonctionne plus ?

- Mon chef ne me transmet plus l’information qui habituellement passe par moi ?

 

LP:

Je ne pense pas que le mail est un outil indispensable tout le temps.

 

MB:

Pour la période présente entre cet entretien et la prise de décision ,il faut que les deux parties se gardent de tout excès, afin de se donner la possibilité d’un avenir possible ensemble.

 

LP:

D’accord, à Cédric de réfléchir.

Cédric :

Je ne souhaite pas être licencié, on pourrait intégrer le bermuda dans les tenues acceptées.

 

MB:

A la fin de cet entretien, je voudrais mettre les choses en perspective :

de par ma position de représentant du personnel depuis de nombreuses années, je sais que par exemple la Sagem ne respecte pas la loi sur l ’ E.D.S., je sais que la hiérarchie ne fait pas appliquer la méthode étoile et je constate que personne n’est sanctionné.

En comparaison, vous voulez sanctionner un petit écart vestimentaire mineur, c’est complètement injuste. Et puis cela repose la question des conditions de travail collectives (chaleur bâtiment R).

 

Voilà l’entretien préalable au licenciement. Il parle de lui-même. Pas besoin de le commenter.

 

Je redescends à ma place vers 15h30. Commence à ordonner mes affaires, règle les problèmes urgent, passe les consignes au cas où. Et à 16h14 j'arrive à reconnecter mon mail avec le recours d ‘un informaticien de Sagem Paris, Stéphane LEGOSIK qui m’explique que c’était mon administrateur qui me l’avais supprimé. Par conséquent, M. PICOU, bien sûr. La provocation est encore présente car pendant l’entretien, il ne s’en est pas justifié de manière crédible.

Les collègues, viennent me voir pour me demander comment cela c’est passé. Je n’avais pas trop le cœur à discuter mais plutôt à la réflexion. Je décide donc de rentrer à la maison remettre les idées en ordre et surtout voir qu’elles sont les différentes possibilités en l’état. Je m’aperçois que la loi dit que 24 h franc sont nécessaires avant l’envoi de la lettre de licenciement et qu’ils peuvent ne pas faire effectuer le préavis.

La nuit fut longue car les heures m’étaient en quelques sortes comptées. Cela voulait dire que vendredi je pouvais ne plus être à la Sagem. Je ne pouvais pas partir sans dire au revoir à mes collègues comme veut la coutûme pour toutes les personnes qui partent à la retraite bien souvent en étant licenciées avec une prime de départ. Bien sur l’Assedic pendant 5 ans paye. Si ça ce n’est pas encore de la provocation quand on sait que le Medef veut nous rallonger la retraite alors que les entreprises n’arrêtent pas de faire des plans pour mettre les vieux à la retraite avant 60 ans !?

Après on dit que les chômeurs coûtent cher au patron par l ’intermédiaire de leurs charges. Mais il ne faut pas oublier qu'ils nous mettent au chômage d’abord.

Donc le soir je me prépare à l’éventualité suprême. La nuit fut blanche mais de bon conseil.

 

Jeudi 21 juin

J’arrive de bonne heure au travail pour clôturer mes dossiers en cours, range mon bureau. Puis je fais passer le bruit aux gens de venir à 10h30 au patio, mon lieu de travail, là où les anciens disaient au revoir mais aussi recevaient généralement un cadeau. Les chefs l’apprenant mettent toute suite la pression sur les collègues pour qu’ils ne viennent pas. L’histoire se déroula autrement : mes collègues étaient là, le directeur aussi.

Il y avait du monde devant moi derrière moi, donc par mesure de commodité je monte sur le bureau pour que ma voix soit audible par tous.

Je commence en expliquant que j’étais ici pour expliquer mais aussi être transparent par rapport à mon entretien de licenciement que nul n’ignore d’ailleurs car les bruits vont vite. J e commençais par faire un peu de droit en expliquant que c’est peut être ma dernière journée donc que c’ était justifié de leur dire au revoir même s’il n’avait pas eu le temps de se cotiser pour me faire un cadeau .

coluche_lhorreur_humaineD’autre part, le fait d’être sur le bureau me rappela le film : le cercle des poètes disparus, ou Keating le professeur de lettres fait monter un à un ses élèves sur son bureau pour qu’ils regardent les choses d’une autre manière. Ce que j’explique à mes collègues présents dans la salle. J’en profitais pour remercier de manière particulière, MISTER OF LOVE, pour m’avoir former(ceinture et bretelle) mais aussi pour m’avoir compris. Il m’avait donné ce livre et je le montre à la foule, COLUCHE, L’HORREUR HUMAINE. Peut être que B.D. avait compris que je dis souvent tout haut ce que les autres penses tout bas. Et à la fin je demande que ce livre soit un livre de résistance où les collègues peuvent écrire des messages dessus. Ce qui fût fait.

Une fois terminé, le directeur prit la parole et dit :  « On ne peut pas accepter une tenue de plage dans l’entreprise par rapport à notre image de marque. Aujourd’hui, la concurrence est forte et nous ne pouvons nous permettre de perdre des clients. »

 

Enfin, tout est bon sous prétexte de client et d’image de marque. Le problème est que dès que l’on regarde les armoires on s’aperçoit que la liste de rétrofit (problème de qualité) n’arrête pas de grandir. Tiens comment ce fait-il pour une entreprise développant des systèmes de défense ? Attention à vous citoyens quand un missile est envoyé par un système de guidage SAGEM ! Gouvernement complice ? Peut-être une histoire de financement occulte des partis ou autres... en tous cas pleins de doute…!!!

 

D’autre part si on creuse bien les choses, quand une société parle de document occulte (mail tps) à mettre en place pour que le client ne le sache pas. On n’appelle cela comment, conserver son image de marque quelque soit le prix a payer et le respect du client, je vous laisse chercher.

 

Vendredi 22 juin

Un jour de sursis, ma lettre de licenciement n’est pas arrivée.

Journée plutôt cool a discuter avec les collègues de la situation qui n’en reviennent pas. Certains sont effarés de l’ampleur que cela a pris.

Un préparateur méthodes (Jacques TURC) revenant de Toulouse, d’une visite de deux entreprises d’électronique ALCYON ET ACTIA me dit : « Tu vois là bas, ils viennent travailler en bermuda. »

 

Cela ne surprenait pas plus que cela, car dans ma vie je n’avais rencontré que Sagem qui l’interdisait.

 

Lundi 25 juin

J’arrive au travail vers 8h30. Le DRH , à peine arrivé, vient me voir en me demandant pourquoi j’étais là. Je n’avais pas reçu ma lettre de licenciement voilà tout.

Il veut me la remettre en main propre pour que je parte immédiatement. Je refuse car je doute que les choses soient fait dans les règles de l’art et puis je ne suis pas un terroriste.

Le DRH vient me revoir vers 14H pour me convoquer à 15H30 devant un huissier de justice pour me remettre ma lettre de licenciement.

15h30 : je décide de remonter mon pantalon au niveau du genou pour montrer de manière physique le ridicule de cette histoire. Mon licenciement était déjà effectué.

présent: un huissier de justice de Grand-Couronne , M. D.GREVRAND (CFDT), M.PICOU DRH, et moi.

Le DRH me remet la lettre devant huissier que j’accepte. Pas le choix. J’en profite pour demander au huissier s’il peut venir avec moi constater que la chaleur est intenable dans le bâtiment R, qu’il y a des gens en bermuda dans l’atelier surtout des femmes mais aussi quelques hommes, que les gens ne supportent plus leurs blouses, bref que les conditions de travail sont pénibles.

IL ne peut pas venir car il faut l’autorisation de la direction que M. PICOU me refuse naturellement. Comme si il avait quelque chose à cacher.

En tout cas, ce que l’on peut constater, c’est que lorque les choses ne vont pas assez vite à leur goût (l’arrivée de ma lettre de licenciement par courrier) il n’hésite pas à mettre le prix si il le faut pour faire venir un huissier en urgence.

Pourquoi ne pas l’avoir fait avec la climatisation qui pose problèmes depuis 94. A croire que leurs intérêts sont ailleurs que le respect de leurs employés.

 

Suite a cette réunion, il ne me reste plus qu’à partir avec ma lettre de licenciement.

Lettre de licenciement

RECOMMANDEE AR
N/R. SER/PERSO/LP/E01420/O1 le 22 juin 2001 Monsieur,

A partir d'un incident mineur, vous avez manifesté à l'égard de votre hiérarchie une opposition forte et persistante à l'application d'une consigne simple (port d'un pantalon par les hommes sur les lieux de travail).

Compte tenu de votre niveau de responsabilité, votre comportement ainsi que la publicité que vous en avez faite décrédibilisent la hiérarchie et font peser sur notre société un risque important de perte d'image de marque auprès de nos clients fréquemment présents sur le site.

Dans le contexte économique difficile dans lequel nous nous trouvons, nous ne pouvons pas prendre le risque d'une dégradation de la relation clientèle qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le niveau de notre activité.

De plus, nous ne pouvons tolérer qu'un technicien de votre niveau non seulement refuse d'appliquer une consigne que tous les autres salariés respectent mais également marque publiquement à cette occasion son refus d'adhésion aux valeurs fondamentales de notre société.

Du fait de la perte de confiance qui en résulte, votre maintien au sein de notre société est devenu impossible.

En conséquence, nous avons le regret de vous notifier par la présente notre décision de procéder à votre licenciement.

Cette décision prend effet à réception du -présent courrier. Votre solde de tout compte vous sera remis à l'issue de votre préavis de deux mois que vous serez dispensé d'effectuer, dès le premier jour, mais qui sera néanmoins rémunéré.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos salutations distinguées.


Le Chef du Personnel

Loïc PICOU

 

La lettre de licenciement est celle qui fixe les modalités alors je vous en parlerai au moment du procès mais rien que par sa lecture elle montre bien la discrimination, atteinte aux libertés individuelles et le diktat de la SAGEM.

 

Il est 17h, je m’en vais avec ce fameux livre de résistance. Les messages sont plutôt révélateurv:

Exemples :

« La hiérarchie n’a pas compris que nous sommes une nouvelle race d’embauchés. Ecrit par un ingénieur. »

« C’est l’histoire d’un mec sympa ... qui n’aime pas les uniformes et on est quelques uns à le penser. »

« Nous ne t’oublierons pas. Je te remercie pour toutes les choses que nous avons fait avancer. »

« Une fois tu m’as dit : la vie est faite de plaines, de collines et de montagnes. Tu n’as certainement pas déplacé la montagne, mais ne serait ce qu’un instant, elle a tremblé. Il n’y a qu’une seule et vrai devise CARPEDIEM. »

« Un petit mot pour te dire combien j’ai apprécié de travailler à tes côtés aussi bien pour tes compétences que ta volonté à faire aboutir les choses, ou à essayer de les changer dans d’autres domaines. »

« Notre collaboration fut brève, mais je garderai de toi l’image d’une personne volontaire et décidée. Que la vie t’apporte tout ce que tu recherches : Lib..../Ega...../Fra......? Bonne Chance. »

 

 

Vous voyez lorsque vous vous retrouvez tout seul chez vous, lire des petits messages comme ceux-là réchauffe le cœur et donne encore plus du courage car finalement pleins de gens pensent comme moi mais n’osent pas l'exprimer étant donné les conséquences.

 

Mardi 26 juin

Je vais à la Sagem pour rencontrer les syndicalistes CFDT vers 10H30.

Le gardien me remet une enveloppe. C’était la somme que me devait le self, quelqu’un avait fermé mon compte. Un messager de la direction lit à haute voix une lettre  devant témoin, le gardien,  puis me la remet.

Cette lettre dit:

« Monsieur,

Après la présente, nous vous confirmons, suite à nos récents entretiens, que conformément:

*aux règles applicables en matière de dispense de préavis art l 122.8 du code du travail

*aux règles d’accès à l’entreprise définies par le code du travail art l412.10

* au règlement intérieur de notre établissement art 2.3

 

L’accès à notre entreprise ne vous est plus autorisé dans le cadre de votre dispense de préavis ; ceci couvre l’ensemble des locaux de notre société : locaux de travail, syndicaux, self, entre autres.

Nous tenons à vous préciser que le fait d’enfreindre cette interdiction serait constitutif d’une faute grave de votre part. »

 

Je trouvais cette lettre tout a fait originale car on avait parlé la veille de mes conditions d’accès dans l’entreprise de façon à pouvoir assurer ma défense avec les syndicalistes de l’entreprise.

Comme par hasard en une nuit, on me fournit les textes alors que pour l’interdiction du port du bermuda a part du bla-bla je n’ai pas vu de texte même 1 mois après .

La preuve, que si texte il y avait eu il l’aurait montré aussitôt pour que le trouble cesse.

 

Ce jour là, vers midi, les syndicats font signer une pétition commune. On recueille plus d'une centaine de signatures sur 450 salariés et surtout avec la pression que mettait M. PICOU en se montrant bien devant l’entrée de la Sagem près de là où se fait signer la pétition. Encore des pressions, décidément. Monsieur PICOU me redemande si je souhaite accepter sa proposition d’argent pour ne pas aller en justice.

A ce moment-là, on a le choix accepter et refaire sa vie avec un petit pécule.

A 29ans , cela aurait pu me donner un coup de pouce mais non, ma dignité et mes libertés ne sont pas négociables. Alors à la question, suis-je un provocateur, je répondrais non. Plutôt quelqu’un avec une conscience collective et bien sûr avec du caractère.

 

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