Avec un mort en moyenne toutes les quinze secondes, les accidents du travail et les maladies professionnelles font chaque année dans le monde plus de victimes que les guerres, affirme l'Organisation internationale du travail (OIT), dénonçant la négligence des employeurs et des gouvernements.

Dans un article publié à l'occasion de la Journée mondiale pour la santé et la sécurité au travail mercredi, l'OIT estime que le travail entraîne chaque année la mort de plus de 2,2 millions de personnes, dont 1,5 million d'hommes et 750.000       femmes. L'écart s'explique par la répartition des deux sexes dans les emplois dangereux."Les statistiques sont bien en-deçà de la réalité", soulignent les auteurs de l'article, soulignant le manque d'informations en provenance de nombreux pays.

Sur le total des décès, 350.000 ont lieu au cours d'accidents du travail (sur un total de 270 millions d'accidents du travail enregistrés), le reste étant causés par des maladies, dont 400.000 par l'exposition à des substances chimiques."Le travail blesse, mutile, rend malade et, encore trop souvent, tue. Pas par fatalité, mais par négligence. Pas à cause de l'absence de normes, mais à cause de leur violation. Pas à cause de la pauvreté, mais à cause du manque de prévention", dénonce l'OIT."Encore trop souvent, la vie des travailleurs et travailleuses est mise gratuitement en danger", déplore l'organisation basée à Genève, qui se dit "convaincue que bon nombre de  catastrophes et de pratiques de travail dangereuses peuvent être évitées".     

travail_tue2L'OIT met en cause "des employeurs peu scrupuleux qui rechignent à consacrer des ressources à la sécurité au nom du profit" et les gouvernements qui "n'accordent que trop peu de moyens à leurs inspecteurs du travail"."Comment expliquer que des millions de travailleurs sont encore aujourd'hui exposés à l'amiante alors que l'on sait que la fibre tue chaque année plus de 100.000 personnes?", s'interroge l'organisation."La négligence est aussi manifeste quand on sait que chaque année 22.000 enfants, censés être à l'école, meurent au travail, en dépit d'une batterie de conventions internationales, de déclarations et de  législations", s'insurge l'OIT.

L'organisation onusienne remarque que "les pays industrialisés ont quelque peu tendance à exporter leurs dangers dans les pays en développement", où la main d'oeuvre est nettement moins protégée. Les "maladies du mineur", comme la silicose, ont ainsi quasiment disparu des pays riches, alors que 6 millions de mineurs y sont exposés au Brésil.L'OIT juge l'immobilisme bien plus coûteux que l'application des normes de sécurité, car les dépenses liées aux maladies professionnelles et aux accidents du travail dépassent selon elle 1.000       milliards de dollars par an, soit 4% du PNB mondial. "La prévention doit devenir une priorité", souligne l'OIT.

AFP

Le Soir en       ligne - 28/04/2004