Le courrier (un quotidien suisse d'information et d'opinion)

 

«Les revenus de la corruption doivent être restitués»

  PROPOS RECUEILLIS PAR SIMON PETITE   

Paru le Samedi 14 Août 2004

 

ONU - Les experts de la Sous-commission des droits de l'homme se sont penchés pour la première fois sur la corruption. Un phénomène qui ne concerne pas que les élites du Sud.

 

Cette année, la Sous-commission a ajouté un nouveau thème à son agenda: la corruption. Un fléau universel qui maintient des populations dans la pauvreté et sape la confiance envers les élus, fondement de la démocratie, selon la Nigériane Christy Mbonu qui a présenté un premier rapport sur le sujet.

Le Courrier: Quelle est la forme de corruption la plus dommageable?
Christy Mbonu: C'est incontestablement le détournement et le placement à l'étranger par des gouvernants – élus ou non – de fonds publics. Les droits économiques, sociaux et culturels des populations spoliées se trouvent totalement niés. Les couches les plus défavorisées sont doublement perdantes. Les ressources qui auraient pu servir à améliorer les services en matière de santé, d'éducation ou d'emploi font défaut. Puis, la corruption se propageant dans la société, les parents devront, pour finir, verser des pots-de-vin afin que leurs enfants soient scolarisés ou admis dans un dispensaire. S'ils ne peuvent pas payer, ils seront privés de services essentiels.

Du côté des corrupteurs, vous pointez les multinationales?
– A l'avenir, je compte explorer davantage le rôle des sociétés transnationales. Dans les pays en voie de développement où elles opèrent, on constate souvent que leurs activités génèrent de la corruption. La plupart d'entre elles ne respectent pas leurs propres règles. Enron a truqué ses résultats et gonflé ses bénéfices, afin de faire grimper le cours de ses actions. Le géant de l'énergie (qui a fait faillite en décembre 2001, ndlr) avait pour devise respect, intégrité, communication et excellence. »Les délits de corruption reprochés aux transnationales consistent en pots-de-vin versés à des officiels pour obtenir un marché ou pour échapper aux taxes du pays d'accueil. En 2001, l'entreprise d'électronique française SAGEM SA a offert de généreuses commissions à plusieurs responsables nigérians pour fabriquer la nouvelle carte d'identité, un marché de 214 millions de dollars. Quant au fournisseur américain de services pétroliers Halliburton, il doit encore des millions de dollars de taxes à l'Etat nigérian.